Combien facturer au kilomètre quand on partage une voiture entre proches ?
Votre voisine emprunte votre voiture deux fois par semaine, votre frère la prend pour ses vacances, votre colocataire s’en sert pour aller travailler. Vient toujours le moment où quelqu’un demande : « je te donne combien ? » La réponse n’est pas un chiffre unique, mais elle n’est pas non plus arbitraire. Voici les repères officiels et les coûts réels dans quatre pays, avec la limite à ne pas franchir pour rester dans le partage de frais.
À lire avant de continuer. Cet article est une information générale, pas un conseil fiscal ou assurantiel individualisé. Les chiffres cités ont été vérifiés en août 2026 auprès des sources listées en fin d’article, mais les barèmes changent chaque année et les conditions d’assurance varient d’un contrat à l’autre. En cas de doute, votre interlocuteur reste votre administration fiscale ou votre assureur.
L’essentiel en 30 secondes
- Une règle gouverne tout : jamais de bénéfice. Tant que votre proche rembourse une part de vos coûts réels, ce n’est ni un revenu imposable ni une location, et l’assurance standard continue de couvrir. C’est vrai dans les quatre pays : Suisse, France, Allemagne et Pays-Bas.
- Usage ponctuel : facturez la part variable, carburant et usure. Environ 28 centimes par kilomètre en Suisse, une quinzaine de centimes en France, 30 centimes en Allemagne (forfait Dienstreise), 22 à 31 centimes aux Pays-Bas.
- Usage intensif : rapprochez-vous du coût complet. 0,74 CHF en Suisse (TCS), 0,53 à 0,70 EUR en France (barème kilométrique), 0,40 à 0,58 EUR en Allemagne (ADAC), 0,50 à 0,80 EUR aux Pays-Bas (Nibud).
- Les plafonds fiscaux 2026 : 0,75 CHF par kilomètre en Suisse, le barème kilométrique en France, 0,30 EUR en Allemagne, 0,25 EUR aux Pays-Bas. Seule la France a un plafond assez haut pour couvrir le coût complet d’une voiture moyenne.
- Côté assurance : le prêt gratuit à un proche est couvert partout, un conducteur régulier doit être déclaré, et encaisser plus que ses coûts fait tomber la couverture standard.
Trois chiffres différents, à ne pas confondre
Quand on cherche « combien facturer au kilomètre », on tombe sur des montants très éloignés les uns des autres. C’est normal : ils ne répondent pas à la même question.
Le barème fiscal officiel sert à rembourser ou à déduire l’usage d’un véhicule privé à des fins professionnelles. Il est pensé pour un salarié ou un indépendant, pas pour deux proches qui se partagent une voiture. Son intérêt : c’est un chiffre public, admis par l’administration, que personne ne pourra vous reprocher.
Le coût réel complet au kilomètre est calculé par les clubs automobiles nationaux (TCS en Suisse, ADAC en Allemagne, ANWB aux Pays-Bas) et par les études de budget automobile. Il additionne tout : dépréciation du véhicule, assurance, taxe, entretien, pneus, carburant, réparations. C’est ce que la voiture coûte vraiment à son propriétaire.
Le tarif juste entre proches est celui que vous cherchez. Il doit couvrir une part équitable du coût réel, sans jamais dégager de bénéfice pour le propriétaire. C’est cette dernière condition qui compte le plus, et nous y revenons à chaque pays.
La frontière juridique est identique dans les quatre pays étudiés : tant que vous partagez des frais réels sans marge, il n’y a en principe pas de revenu imposable, et l’assurance automobile standard continue de jouer. Dès qu’il y a profit ou activité régulière assimilable à de la location, cela devient un revenu à déclarer, et la couverture d’assurance privée cesse souvent de s’appliquer.
Suisse : 74 centimes du kilomètre en 2026
Le TCS publie chaque année le coût kilométrique d’une voiture de tourisme type. Dans son communiqué du 6 janvier 2026, il l’établit à 0,74 CHF par kilomètre, en baisse de 2 centimes (2,6 %) par rapport à 2025.
Ce chiffre repose sur un véhicule de référence à 45 000 CHF (contre 44 400 CHF l’année précédente), roulant 15 000 km par an. Les coûts fixes atteignent 6 977 CHF par an (contre 7 077 CHF) et les coûts variables 4 135 CHF par an (contre 4 315 CHF), soit un peu plus de 11 100 CHF au total. La baisse s’explique par l’énergie : le carburant recule à 1,71 CHF le litre (contre 1,84 CHF) pour une consommation de référence de 5 litres aux 100 km, et l’électricité recule de 9 % à 28 centimes le kilowattheure pour 18 kWh aux 100 km. À l’inverse, les primes casco ont fortement augmenté, d’environ 14 %.
Ce total se décompose en deux repères utiles :
- environ 28 centimes du kilomètre correspondent aux coûts variables, ceux que génère chaque trajet effectué ;
- environ 46 centimes du kilomètre correspondent aux coûts fixes, que le propriétaire paie même si la voiture ne bouge pas.
Le fisc reconnaît jusqu’à 75 centimes
Au 1er janvier 2026, la déduction fédérale pour l’utilisation d’un véhicule privé sur le trajet domicile-travail passe de 0,70 à 0,75 CHF par kilomètre, tout comme le forfait que peut verser un employeur. La nouveauté est de méthode : cette déduction se fonde désormais sur le prix au kilomètre publié chaque année par le TCS pour le véhicule type. Le plafond fiscal et le coût réel sont donc maintenant alignés, à un centime près.
Ce qui devient un revenu imposable
Il n’existe pas en Suisse de doctrine publique aussi explicite que la règle française du covoiturage. Le principe général s’applique : rembourser une quote-part de coûts effectifs ne dégage aucun bénéfice et ne constitue pas un revenu. Si en revanche le propriétaire encaisse régulièrement plus que ses coûts, la différence est un produit de location de bien mobilier, potentiellement imposable. L’ancrage prudent consiste donc à rester au niveau du coût réel TCS et à ne facturer aucune marge.
Côté assurance
En Suisse, l’assurance est liée au véhicule et non au conducteur : un prêt occasionnel à un proche est en principe couvert par la responsabilité civile et la casco du détenteur. Trois points de vigilance :
- la régularité. Une utilisation régulière par la même personne doit être annoncée à l’assureur comme conducteur régulier ou secondaire. Chez Zurich, au-delà de 25 jours par année civile, la couverture « conduite de véhicules de tiers » ne joue plus. Certains assureurs considèrent déjà deux prêts par mois comme un usage régulier.
- le bonus et la franchise. En cas de sinistre responsable, c’est le détenteur qui subit le déclassement de son bonus. La franchise peut être refacturée au conducteur, et une assurance conducteur tiers, souscrite en complément de la responsabilité civile privée, permet à ce dernier de la couvrir.
- la rémunération. Remettre le véhicule contre paiement sort du cadre de l’usage privé assuré et peut faire tomber la couverture.
Pour aller plus loin, notre article dédié détaille qui paie quoi en cas de sinistre en Suisse.
France : le barème kilométrique comme plafond
Le barème kilométrique est le tarif officiel publié par l’administration fiscale française pour évaluer ce que coûte l’usage d’un véhicule personnel : c’est lui qu’appliquent les salariés qui déduisent leurs frais réels et les employeurs qui versent des indemnités kilométriques. Le tableau complet est publié au Bulletin officiel des finances publiques (BOI-BAREME-000001), et impots.gouv.fr propose un simulateur officiel pour calculer son montant.
Le barème 2026, applicable aux revenus 2025, est identique à celui des années précédentes : il résulte de l’arrêté du 27 mars 2023 et n’a pas été revalorisé depuis, l’administration justifiant ce gel par la baisse des prix des carburants. Il couvre le carburant, la dépréciation, les réparations, l’entretien, les pneus et l’assurance.
Pour un partage entre proches, c’est la première tranche du barème, celle des faibles kilométrages annuels, qui donne le repère le plus élevé et le plus lisible :
| Puissance fiscale | Tarif jusqu’à 5 000 km par an |
|---|---|
| 3 CV et moins | 0,529 EUR par kilomètre |
| 4 CV | 0,606 EUR par kilomètre |
| 5 CV | 0,636 EUR par kilomètre |
| 6 CV | 0,665 EUR par kilomètre |
| 7 CV et plus | 0,697 EUR par kilomètre |
Les véhicules 100 % électriques bénéficient d’une majoration de 20 % sur ces montants, les hybrides rechargeables en sont exclus. Au-delà de 5 000 km par an, le barème applique des tarifs dégressifs, détaillés dans le même bulletin officiel.
Le coût réel : 416 euros par mois
Roole Data, l’observatoire de données du club automobile français Roole (la marque commerciale d’Identicar), publie chaque année une étude sur le budget automobile des Français. L’édition du 10 octobre 2025 le chiffre à 416 euros par mois, soit environ 5 000 euros par an. La ventilation mensuelle : 167 euros d’acquisition ou de financement, 100 euros de carburant, 45 euros d’assurance, 44 euros de stationnement résidentiel, 44 euros d’entretien et 16 euros de péages.
Le fait marquant de cette étude est ailleurs : 257 euros par mois, soit près de deux tiers du budget, sont dus même si la voiture ne roule pas. C’est l’argument central du partage. Sur une base de 12 000 km par an, ces 416 euros mensuels reviennent à environ 42 centimes du kilomètre tout compris, dont seulement une quinzaine de centimes pour la part strictement liée à l’usage.
Ce que dit l’administration
Aucun texte fiscal français ne traite spécifiquement du prêt de sa voiture à un proche contre remboursement des frais. Le seul partage de frais automobile que l’administration a chiffré noir sur blanc est celui du covoiturage, et c’est uniquement à ce titre qu’il apparaît ici : c’est le cas le plus proche du vôtre où le barème kilométrique joue officiellement le rôle de plafond. La doctrine fiscale et la fiche pratique de service-public.fr posent trois conditions cumulatives pour que les sommes reçues des passagers restent non imposables : le déplacement est effectué pour le compte propre du conducteur, le prix demandé n’excède pas le barème kilométrique divisé par le nombre de voyageurs, et le conducteur conserve à sa charge une quote-part des frais.
Cette doctrine vise le partage d’un même trajet, pas le prêt du volant à un proche qui roule seul : elle n’est pas directement transposable. À l’autre bout du spectre, la position de l’administration est claire, la location de voiture entre particuliers via une plateforme est imposable dès le premier euro, en bénéfices industriels et commerciaux, sous le régime micro-BIC avec un abattement forfaitaire de 50 % (minimum 305 euros) tant que les recettes annuelles ne dépassent pas 83 600 euros sur la période 2026-2028. L’administration précise en outre que l’activité devient professionnelle dès lors qu’elle est exercée de manière répétée dans l’année. C’est un tout autre métier que le partage entre proches, comme le détaille notre comparatif des plateformes de location.
La ligne de partage est donc bien celle du bénéfice : si votre proche vous rembourse une quote-part de coûts réels et que vous ne gagnez rien, vous restez dans la logique du partage de frais. Si vous encaissez plus que vos coûts, c’est un revenu locatif.
Côté assurance
Le prêt de volant occasionnel est généralement admis par les contrats standard, l’assurance suivant le véhicule. Vérifiez toutefois les clauses de votre police : conduite exclusive (prêt interdit), prêt restreint au cercle familial, exclusion des jeunes conducteurs, franchise majorée en cas de prêt. Un conducteur régulier doit être déclaré comme conducteur secondaire, et en cas d’accident responsable, c’est le propriétaire qui prend le malus. Là encore, une location contre rémunération n’est pas couverte par un contrat auto de particulier. Notre guide français détaille les quatre régimes de prêt de volant, la clause de conduite exclusive et ce que risque un conducteur habituel jamais déclaré.
Allemagne : 30 centimes comme repère prudent
L’Allemagne distingue deux forfaits, et c’est le moins connu qui vous intéresse.
La Entfernungspauschale, ou forfait des trajets domicile-travail, a été réformée : depuis le 1er janvier 2026, elle est de 0,38 euro par kilomètre de distance dès le premier kilomètre, l’ancien système à paliers ayant disparu (jusqu’à fin 2025, 0,30 euro pour les 20 premiers kilomètres puis 0,38 euro au-delà). Le plafond reste de 4 500 euros par an pour ceux qui ne roulent pas en voiture personnelle. Attention : ce forfait se calcule sur la distance domicile-travail, pas sur les kilomètres réellement parcourus. L’ADAC détaille les deux forfaits sur sa page consacrée à la Pendlerpauschale.
La Kilometerpauschale applicable aux déplacements professionnels avec un véhicule privé, elle, reste à 0,30 euro par kilomètre effectivement parcouru en 2026 (0,20 euro pour un deux-roues). C’est le chiffre le plus proche d’une logique « au kilomètre roulé », donc le repère le plus défendable pour un partage entre proches.
Le coût réel
L’ADAC calcule les coûts complets de près de 1 200 modèles sur une base de 5 ans et 75 000 kilomètres. Pour la compacte et la classe moyenne, les relevés situent le coût complet dans une fourchette d’environ 40 à 58 centimes du kilomètre, tout compris : dépréciation, carburant, assurance, taxe, entretien, pneus. Le poste dominant est la dépréciation, souvent 40 à 50 % du total pour un véhicule neuf.
Prêt gratuit ou location : le seuil des 256 euros
Le droit allemand distingue nettement le Verleih, le prêt gratuit, de la Vermietung, la location payante. Le prêt gratuit entre proches ne génère aucun revenu imposable. Une location privée relève en revanche des « sonstige Einkünfte » au sens du paragraphe 22 n° 3 de l’EStG.
Le seuil à connaître est celui des 256 euros par an. C’est une Freigrenze et non un abattement : en dessous de 256 euros de recettes nettes annuelles, rien n’est imposable ; à partir de 256 euros, la totalité devient imposable et doit être déclarée dans l’annexe SO, frais réels déductibles à l’appui. Le seuil vaut pour l’ensemble de vos locations privées sur l’année, pas par véhicule. Au-delà d’une pratique régulière et organisée, le risque devient celui d’une requalification en activité commerciale, avec les obligations qui vont avec.
Côté assurance
Comme en Suisse, la responsabilité civile et la casco sont attachées au véhicule : le prêt gratuit à un proche est couvert par la police du détenteur. Un sinistre responsable entraîne un déclassement du bonus et l’application de la franchise casco. Le point critique est le même : dès qu’il y a rémunération, il s’agit d’une location, qui doit être déclarée et assurée séparément. La responsabilité civile privée, elle, exclut le domaine automobile par sa clause dite « Benzinklausel ».
Pays-Bas : 25 centimes exonérés, un coût réel bien plus élevé
Le plan fiscal 2026 fixait initialement l’indemnité kilométrique exonérée à 0,23 euro, comme en 2025. Le gouvernement l’a finalement relevée à 0,25 euro par kilomètre, par une décision publiée au printemps 2026 mais avec effet rétroactif au 1er janvier 2026. C’est le plafond exonéré le plus bas des quatre pays étudiés. Certains sites, dont celui de l’ANWB, affichaient encore 0,23 euro plusieurs mois après le relèvement : vérifiez toujours la date de la page que vous consultez.
Le coût réel selon le Nibud et l’ANWB
Le Nibud publie des coûts mensuels calculés à partir des données ANWB de juin 2025, sur une base de dix ans de détention et un carburant à 1,97 euro le litre :
| Catégorie | Coût mensuel | Kilométrage annuel | Coût complet au km | Part variable au km |
|---|---|---|---|---|
| Miniclasse | 356 EUR | 8 500 km | 0,50 EUR | 0,22 EUR |
| Classe compacte | 419 EUR | 9 000 km | 0,56 EUR | 0,24 EUR |
| Petite classe moyenne | 554,50 EUR | 11 000 km | 0,61 EUR | 0,24 EUR |
| Classe moyenne | 703,50 EUR | 11 000 km | 0,80 EUR | 0,31 EUR |
L’écart avec le plafond exonéré est frappant : à 0,25 euro du kilomètre, un propriétaire néerlandais ne couvre même pas la moitié de son coût complet.
Pas de barème officiel pour le partage entre proches
Il n’existe aux Pays-Bas aucun barème imposé pour le partage entre particuliers. Le principe recommandé, notamment par Milieu Centraal, est de ne partager que les coûts réels, sans bénéfice, en répartissant les coûts fixes (achat, entretien, assurance, taxe) selon l’usage de chacun. Le repère de 0,25 à 0,35 euro du kilomètre parfois cité pour l’autopartage « à prix coûtant » est d’origine belge et ne constitue pas une règle néerlandaise.
Côté fiscal, un partage sporadique sans prestation de service associée relève du patrimoine (Box 3) et les recettes ne sont pas imposées comme telles. Une location plus structurée, avec activité active du propriétaire, relève du « resultaat uit overige werkzaamheden » et devient imposable, frais déductibles. Depuis 2023, la directive DAC7 oblige les plateformes à transmettre les revenus des loueurs à l’administration.
Côté assurance
L’assurance suit la plaque, pas le conducteur : prêter sa voiture à un proche titulaire d’un permis valide est couvert. La règle des assureurs néerlandais est unanime et explicite : dès qu’il y a rémunération, il s’agit de location et l’assurance auto standard ne s’applique plus. Nuance importante et utile, plusieurs assureurs précisent qu’une simple indemnité kilométrique couvrant le carburant et l’usure reste admise. C’est exactement la zone dans laquelle un partage entre proches doit se tenir. Un conducteur régulier doit, ici aussi, être déclaré.
Le tableau comparatif des quatre pays
| Pays | Plafond officiel au kilomètre | Coût réel de référence | Sources | Année |
|---|---|---|---|---|
| Suisse | 0,75 CHF (déduction fédérale et forfait employeur) | 0,74 CHF au km | DFF, TCS | 2026 |
| France | Barème kilométrique : 0,529 à 0,697 EUR selon la puissance | 416 EUR par mois, soit environ 42 centimes au km sur 12 000 km | DGFiP, Roole Data | 2026 (barème), 2025 (coût) |
| Allemagne | 0,30 EUR (déplacement professionnel), 0,38 EUR (domicile-travail) | 0,40 à 0,58 EUR au km (compacte et classe moyenne) | EStG, ADAC | 2026 (fiscal), 2025-2026 (ADAC) |
| Pays-Bas | 0,25 EUR (indemnité exonérée, rétroactive au 1er janvier 2026) | 0,50 à 0,80 EUR au km selon la catégorie | Belastingdienst, Nibud et ANWB | 2026 (fiscal), 2025 (coût) |
Trois constats traversent les quatre pays. Le partage de frais réels sans bénéfice n’est pas un revenu imposable, alors que la location avec marge l’est. L’assurance suit partout le véhicule, donc le prêt gratuit est couvert, mais la rémunération fait tomber la couverture standard. Enfin, en Allemagne comme aux Pays-Bas, le coût réel complet dépasse nettement le plafond fiscal, la Suisse vient d’aligner les deux, et la France fait figure d’exception : son barème est calibré assez haut pour couvrir le coût complet d’une voiture moyenne, ce qui en fait justement un plafond confortable.
Les différences sont ailleurs. La France est le seul pays à publier une doctrine chiffrée du partage de frais. L’Allemagne est le seul à fixer un seuil net de bascule vers l’imposition. Les Pays-Bas ont le plafond exonéré le plus bas, très en dessous du coût réel. Et la Suisse indexe désormais son plafond fiscal sur le coût réel publié par le TCS.
Quel taux choisir selon votre situation
Si le proche utilise la voiture ponctuellement, quelques trajets par mois, facturez la part variable : le carburant et l’usure directement générés par ses kilomètres. Cela représente environ 28 centimes du kilomètre en Suisse, une quinzaine de centimes en France sur la base de l’étude Roole, et 22 à 31 centimes aux Pays-Bas selon la catégorie de véhicule. En Allemagne, le forfait Dienstreise de 0,30 euro joue ce rôle de repère simple : il couvre en général la part variable tout en restant loin du coût complet. Le propriétaire assume les frais fixes, qu’il paierait de toute façon.
Si le proche utilise beaucoup la voiture, plusieurs fois par semaine ou pour une part significative du kilométrage annuel, la part variable ne suffit plus : le propriétaire se retrouve à financer seul l’assurance, la taxe et la dépréciation d’un véhicule qu’il n’utilise plus qu’à moitié. Rapprochez-vous alors du coût complet : 0,74 CHF en Suisse, le barème kilométrique en France, 0,40 à 0,58 euro en Allemagne, 0,50 à 0,80 euro aux Pays-Bas selon la catégorie.
Si vous ne voulez pas trancher, une autre approche existe : additionner toutes les dépenses réelles du véhicule sur l’année et les répartir entre les membres du cercle au prorata des kilomètres parcourus par chacun. Vous n’avez alors besoin d’aucun barème, seulement d’un relevé fiable des kilomètres et des dépenses. C’est le principe du partage des coûts dans Co-oto.
Les quatre garde-fous à respecter
Ne jamais dégager de bénéfice. C’est la règle qui conditionne tout le reste : la nature fiscale des sommes reçues et la validité de votre assurance. Facturer au coût réel ou en dessous vous met à l’abri des deux côtés.
Garder une trace écrite. Un message suffit, du moment qu’il précise la période, le mode de calcul du remboursement et le fait qu’il s’agit d’un partage de frais. Un relevé des kilomètres et des dépenses vaut mieux qu’un souvenir, et il évite la plupart des malentendus entre proches. Pour un cercle qui s’installe dans la durée, un modèle de contrat de partage à télécharger pose le cadre en une page.
Surveiller les seuils. En Allemagne, rester sous 256 euros de recettes nettes annuelles écarte toute question fiscale. En France, ne pas transformer le prêt en location régulière. En Suisse et aux Pays-Bas, ne pas encaisser plus que ses coûts.
Prévenir son assureur. Vérifiez la clause de conduite exclusive et celle sur les jeunes conducteurs. Déclarez tout conducteur régulier comme conducteur secondaire. Et évitez le mot comme la pratique de la « location » : la couverture standard s’arrête là où commence la rémunération.
Un signal doit vous alerter : si votre proche devient un utilisateur régulier, plusieurs fois par semaine, il est temps de le déclarer à l’assurance et de passer à un partage au coût complet plutôt qu’à une contribution symbolique.
Comment Co-oto applique ce calcul
Co-oto est fait pour ce cas précis : plusieurs personnes de confiance, un véhicule, aucune envie de tenir un tableur. L’app enregistre les kilomètres de chaque conducteur, les dépenses courantes du véhicule et produit un décompte qui répartit ces dépenses entre les membres du cercle. Vous fixez vous-mêmes le mode de répartition ; l’app fait l’arithmétique et garde la trace écrite.
Aucune commission n’est prélevée et rien ne transite par l’app. Le propriétaire avance les grosses factures et centralise les remboursements, chaque conducteur ne règle que sa part d’usage réel, et vous vous acquittez entre vous comme vous le souhaitez, par virement, TWINT ou en espèces. Co-oto tient les comptes mais ne touche jamais à votre argent. Vous restez donc, par construction, dans le partage de frais.
Pour comprendre le fonctionnement complet, voyez comment ça marche et le carnet de route, qui documente les kilomètres sur lesquels repose tout le calcul.
Sources et méthode
Tous les chiffres de cet article ont été vérifiés en août 2026.
Suisse : communiqué TCS du 6 janvier 2026 sur les coûts kilométriques ; communiqué du Département fédéral des finances du 11 septembre 2025 sur l’adaptation des barèmes de l’impôt fédéral direct ; ordonnance sur les frais professionnels (RS 642.118.1) ; conditions de la couverture conduite de véhicules de tiers, Zurich.
France : arrêté du 27 mars 2023 fixant le barème kilométrique, article 83-3° du CGI, BOFiP BOI-BAREME-000001 et simulateur officiel ; doctrine du partage de frais, BOFiP BOI-IR-BASE-10-10-10-10 et fiche service-public.fr sur les revenus du covoiturage ; fiche impots.gouv.fr sur la mise en location d’une voiture ou d’un bien divers, mise à jour du 16 juin 2026 ; étude Roole Data sur le budget automobile des Français, 10 octobre 2025.
Allemagne : paragraphe 9 alinéa 1 phrase 3 n° 4 de l’EStG dans sa version issue du Steueränderungsgesetz 2025 ; paragraphe 22 n° 3 de l’EStG pour la Freigrenze de 256 euros ; Pendlerpauschale 2026, ADAC ; coûts automobiles complets, ADAC.
Pays-Bas : décision du Belastingdienst sur le relèvement de l’indemnité kilométrique exonérée ; coûts automobiles mensuels, Nibud, données ANWB juin 2025 ; partager ou louer une voiture, Milieu Centraal ; prêter sa voiture et assurance, FBTO.
Réserves. Les barèmes officiels et les coûts publiés par les clubs automobiles sont des faits datés et sourcés. En revanche, la transposition de la doctrine française du covoiturage au prêt d’un véhicule à un proche, et le traitement fiscal exact d’un dédommagement reçu en Suisse, restent des zones d’interprétation faute de doctrine publique spécifique. La fourchette allemande de 40 à 58 centimes du kilomètre provient de relevés reprenant les calculs de l’ADAC et non d’une publication directe. Enfin, tous les coûts réels cités sont des moyennes : ils varient fortement selon le véhicule, son âge, sa motorisation, le kilométrage annuel et la région.
Pour aller plus loin
- Autopartage, location, covoiturage : quelle différence ?
- Assurances et partage de voiture : nos guides par pays
- Assurance et partage de voiture en Suisse
- Calculer vos économies
Rappel : cet article est un guide d’information, pas un conseil fiscal ou assurantiel. Chaque situation est particulière ; en cas de doute, adressez-vous à votre administration fiscale ou à votre assureur.
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